TOROS : notes de lecture

Publié le par Catherine Le Guellaut

18 décembre 2012 - n°s 1942-43 de la revue TOROS

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Les Editions Cairn poursuivent avec bonheur la quête d'oeuvres taurines originales. Avec “La sombra del sol“ de Catherine Le Guellaut, c'est encore réussi. L'auteur, camarguaise d'adoption, animatrice de la librairie taurine arlésienne “La boutique des passionnés", prend une nouvelle fois la plume pour une oeuvre sensible et fort bien écrite, qui peut se recevoir en une seule fois, comme une tarde de toros.

L'ombre du soleil, traduction du titre espagnol résume bien le fil conducteur de ce joli librio de 125 pages. A l'instar des anciens égyptiens qui différenciaient la rive est du Nil, celle du soleil levant et de la vie, celle des temples, et la rive ouest dudit fleuve, celle du soleil couchant, des ténèbres et de la mort, celle des tombes, l'oeuvre est ambivalente. Le soleil, c'est finalement la vie mais aussi l'aficion de l'auteur qui transparaît dans quelques tableaux où le toro est en filigrane (la collection s'appelle d'ailleurs "filigrana"s).

L'ombre de ce soleil brûlant, c'est la mort. Cette mort qui rôde en permanence et qui est la toile de fond du livre. Il y a beaucoup d'originalité, de talent, d'indépendance dans chaque historiette qui se termine inexorablement par le coup de ciseaux de la Parque. Ainsi Désiré, l'autiste qui meurt de désespoir dans l'attente d'un hypothétique mouchoir orange. Emilio qui s'exile de sa centrale nucléaire pour mourir en torero dans la salicorne camarguaise. Marie, encornée et dont le corps est livré à une macabre séance de thanatopraxie, José enfin, victime parmi tant d'autres sur le parvis des arènes de Nîmes d'une explosion inattendue, au moment même où allait toréer une figure charismatique qu'on imagine bien ressemblant à José Tomas.

Le matador retiré José Manrubia prête son pinceau inventif, pour les superbes adornos de ce bouquin et en assure seul les suertes comme il fit naguère dans les arènes d'Arles pour un festival d'unico espada qui demeure dans la mémoire locale. Les coplas espagnoles qui sont de belles syncopes à la faena tragique de l'auteur sont traduites par Nadine Volle-Regardier et Nathalie Vallejo.

L'ensemble constitue un joli recueil de nouvelles taurines.

Joël Bartolotti

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