revue de presse : LE BONHEUR TAUROMACHIQUE AU FÉMININ

Publié le par Catherine Le Guellaut

     Sentiment. Le valet d'épée vous montre une photographie de son maestro et ce mot résume l'essentiel, ce qui en aucun cas ne doit faire défaut. Devant le troisième ouvrage de Catherine Le Guellaut cette exclamation s'impose. Son recueil de nouvelles La sombra del sol en déborderait si technique et métier solides n'en équilibraient l'intensité de la passion. Quelles qualités complémentaires doivent permettre à une sensibilité exacerbée de communiquer ? D'abord l'intérêt du sujet - comme on dirait en corrida l'importance du taureau. Les thèmes traités par notre auteur sont originaux avec naturel, sans ostentation. Si heureusement trouvés que la plupart de nos nouvellistes pourraient les lui envier. Nous y reviendrons. Ensuite, bien sûr, le bonheur verbal, la densité des vocables, leur pouvoir de convocation.

      L'écriture de Catherine Le Guellaut coule de source et d'abondance. Elle est riche à profusion avec des apaisements de long fleuve tranquille pour vous mettre en confiance et de brusque sauvagerie. Très femme, ce qui est plus rare qu'on ne le croit dans l'écriture. Caressante le plus souvent, mais fort capable de griffer et de mordre. Apaisante comme un instinct maternel. Ses évocations impliquent cette tendre pitié, cette douceur d'entrailles. Soudain d'une violence non pareille comme amante en attente, en éveil et comblée par le jaillissement orgasmatique du verbe, espoir partagé ou illusion d'un triomphe d'Eros.

     Quelque soit le lieu où elle vous transporte : d'un paysage camarguais de sansouire à une clinique d'arène, vous voici cerné, assailli par un vocabulaire inépuisable où vous vous demandez justement où Catherine Le Guellaut l'a puisé dans sa diversité et son exubérance. Ce déferlement a le mérite d'ancrer dans un réel sensible, palpable, coloré - les couleurs y jouent un rôle prépondérant - les rêves les plus hardis, les songes les plus fous mais cohérents, la fantasmagorie rendue crédible.

      De quoi s'agit-il ? Rien de moins que d'un torero qui affronte en dernier recours la prolifération de l'atome. D'un autre qui, à la semblance de Javier Conde, approfondit les vagues de la mer en charges de taureau. De jeunes fous qui défient des locomotives en marche à défaut de combattre des fauves. D'un autiste qui fabrique dans un atelier des mouchoirs pour les présidents de corridas et qui meurt de ne pas voir surgir l'orange, celui de la grâce. D'une embaumeuse qui ne se contente pas de recoudre les plaies des cadavres, mais les brode (le souvenir des Parques n'est pas loin) et d'un jeune amoureux, aussi transi que disgracié, qui rendra la beauté à son corps mortel après un accident survenu dans la contre-piste. De deux charlots : le nain et le géant amenés à se déguiser en femme, en dos Estrellas, pour fouler le rond de l'arène et qui connaissent leur jour de gloire à Fontvieille à la suite d'une erreur dans la sortie en piste des fauves. Et pour finir, la confrontation entre les aficionados assez fortunés pour assister au spectacle et les autres qui en recueillent des bribes au dehors. Sur l'esplanade de Nîmes, un écran géant pourrait les réunir.

      À vous de lire et de conclure ou plus familièrement : Allez-y voir si vous ne me croyez pas.

Jean-Marie Magnan,

pour Planete corrida n° de mai-juin 2012

La sombra del sol de Catherine Le Guellaut

Illustrations José Manrubia - Editions Cairn - collection filigranas

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