

Dans le silence peuplé d’ombres, Catherine écrit la nuit sous l’éclat
d’une lune gitane qui lui tient lieu d’abri. Ses écrits ont le souffle puissant des taureaux dont le souvenir la poursuit, hors
de l’arène, vers celle de la vie.
LE LIVRE / l'Arlésienne Catherine Le Guellaut vient de publier son second recueil de nouvelles taurines
A la vie à la mort avec les taureaux
Elle ne se livre qu’à sa page blanche. Son regard bleu porcelaine ne se laisse fouiller que lors de trop
brefs instants. Une grande timidité lui tient lieu de réserve. C’est avec la nature surtout qu’elle aime à dialoguer.
Mi berrichonne, mi-bretonne, son enfance passée dans les marais solognots l’a place, dès l’âge tendre, au contact de paysages aux
teintes argenté bleu et bronze où l’âme aime à baguenauder. Les récits de gamine puis de jeune fille emplissent ses cahiers d’écolière ; et tout naturellement, elle choisi, au sortir de
l’école Normale, la carrière d’enseignante.
"Tester les bêtes, ce n’est pas s’exercer devant un miroir comme une ballerine"
En 1996, elle s’installe à Arles, découvre la tauromachie : "Je me suis immédiatement retrouvée
dans la relation du torero au taureau, cette sorte d’adoration due à un dieu et, paradoxalement, cet aspect très paysan aussi, ce contact terrien, aux bêtes, aux pâturages… Aller dans les
élevages, tester les bêtes, ce n’est pas s’exercer devant un miroir comme une ballerine. Je partage pleinement ce respect pour le taureau et ce goût du combat où s’exprime l’impératif de mettre
en valeur les qualités de l’adversaire."
Un repaire au Sambuc
Durant dix ans, Catherine lit, court les férias, parfait sa culture tauromachique. Puis, elle quitte le centre ville pour une petite
école désaffectée de Camargue, au Sambuc, et là, c’est le déclic.
Dans les concerts nocturnes du peuple de la nuit, elle hume, observe, vibre, et enfin se remet à écrire avec une urgence nouvelle.
"J’écris très vite, je me corrige à peine" confesse-t-elle, "Un soir, au coucher du soleil, je me suis trouvée nez à nez
avec un taureau Camargue. La proximité était telle que j’en étais enveloppée, littéralement enrobée dans son odeur, dans son souffle. J’ai poursuivi mon chemin et je l’ai retrouvé plus
loin : nous avions cheminé de concert comme deux amis".
Cela donne deux recueils : "Et la lune nous regardait" le dernier en
date paru aux éditions Cairn, et "Les taureaux rêvent aussi", en mars 2006 dans la même collection. Des textes où l'on ressent ce lien fort et étrange qui
fait de l’homme un des acteurs de la nature, et non pas un démiurge la dominant. Des textes où la corrida, ce flirt avec le fauve, qui permet d’apprécier sans feinte le danger et la mort, fixe le
prix de l’existence.
Au fil des pages, Caramelo, José, Aïcha, Angel, Main de Velours et leurs ombres se faufilent
pour, comme le confie d’une voix ténue leur auteur : "combattre et triompher de toutes ces petites
morts qui, quotidiennement, nous assaillent", confie l'auteur, de la voix tenue qui habille sa timidité.
Ses textes, eux, c'est sûr, vous parleront.
Violaine Küss - la Provence - Samedi 26 Mai
2007
A LIRE
- "Et la lune nous regardait", autres nouvelles taurines, Editions Cairn,
collection Filigranas
- "Les taureaux rêvent aussi", même éditeur, même collection
NOTRE AVIS
Indéniablement, il y a chez Catherine Le Guellaut tout un univers qui rôde et la hante,
un peu comme chez Garcia Marquez ou José Luis Sampedro, coloré, tragique et dérisoire. Entre ces deux recueils, un auteur est né. L’écriture n’hésite plus, elle s’est peaufinée, aiguisée,
nette, tranchante, toujours pudique et pourtant généreuse. Les phrases roulent, se gonflent d’adjectifs, et l’humour s’y est taillé une place pour mieux arrondir les arêtes trop vives des
sentiments. Le mal de vivre a laissé percer une vision de l’humain. Entrelacées de coplas – couplets, poèmes du flamenco—beaux comme l’œillade d’une
femme fatale, toutes ses nouvelles parlent des joutes que se livrent le désir et la vie, la passion impérieuse, et la mort, inéluctable certes mais loin d’être toujours victorieuse. Car sous
ses allures graves, c’est bel et bien le goût de vivre qui motive Catherine Le Guellaut à prendre la plume.
V.K.
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