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Mercredi 3 octobre 2007
Une phrase doit avoir le temple d'une faena ideale...

Après Les taureaux rêvent aussi, Catherine Le Guellaut rempile avec un deuxième recueil de nouvelles taurines Et la lune nous regardait. Inutile d'être féru de tauromachie pour se laisser emporter par ce dialogue entre l'homme et la nature, cette exploration de la nature humaine en guise d'introspection.

Ici, pas de mano a mano clinquant ou héroïque mais un entrecroisement subtil, quasi sensuel entre des réalités brutales plus tranchantes que le fil d'une épée et des rêveries douces aux saveurs de miel, entre ces instants fugaces où la vie oscille de la certitude au doute, du triomphe à la déchéance captés ici par une plume sauvage et aimante. Entrecroisement aussi du récit en prose et des coplas (couplets poétiques du chant flamenco), échos à fleur de peau, braises incandescentes de cette peña negra éternellement réactivée.
L'auteur torée avec sensibilité les sentiments, du plus doux au plus violent, du plus sombre au plus exaltant, de la peur au courage. Des tranches de vie et de mort, fragiles, voluptueusement fragiles. La corrida est là, toujours, au centre ou en filigrane, prétexte à un regard sur la marche du monde, sévère, lucide.
Omniprésent, obsédant et mystérieux, d'un bout à l'autre de l'ouvrage, erre le personnage de José, le valet d'épée du torero. A travers son regard attentif, ses gestes et ses silences, on passe sans heurt d'une nouvelle à l'autre comme le toro brave boit le vent léger d'un leurre de velours.
Coloré, tragique, dérisoire, il y a dans les  textes de Catherine Le Guellaut, un univers qui rôde, hante et nous plaque le visage contre notre propre image dans le miroir à y chercher l'humain désespérément. L'écriture est peaufinée, travaillée à fleur de peau, aiguisée et juste, pour résonner au fond de nous comme l'éclat d'un solo de trompette salue la profondeur d'une faena et nous fait frissonner.

Trois questions à l'écrivain :
Il y a dans chacun de vos textes quelque chose qui s'apparente au cri, à l'alerte, est-ce comme cela que vous écrivez ?
Ma grand-mère disait toujours “Si tu n'as rien à dire, tais-toi“ et elle ajoutait après un silence “Mais quand tu parles, fais-toi bien entendre“.
L'urgence est mon moteur, une urgence de dire, de raconter, de transmettre qui me submerge et m'obsède. Très sensible aux autres, aux ambiances, j'ai l'impression d'être perméable - une éponge - et d'accumuler en moi un “stock“ d'images, d'instants “volés“, de personnages, de sensations, certains sans doute engrangés depuis très longtemps et se mèlent à ma propre histoire, à mes blessures, à mes peurs et mes espoirs. Puis un jour, un déclic, un mot, un visage, une situation vient réactiver ce que je croyais oublié. Mes textes naissent de ce télescopage à première vue désordonné, sensitif. J'écris d'abord mentalement à coup d'images fortes, la nuit le plus souvent, prends quelques notes dans le noir et ne commence à travailler réellement sur papier que lorsque tout est mûr.
La nouvelle n'est pas un genre majeur de la littérature, mais semble s'adapter particulièrement à la tauromachie, comment le ressentez-vous ?
La dimension de la nouvelle correspond totalement au rendu de l'urgence qui m'anime, de cette collision d'idées, d'évènements, de personnages, de sentiments.
Sur l'adaptation particulière à la tauromachie, le temps d'un toro dans l'arène coïncide souvent à celui de la lecture d'une nouvelle. On est exactement dans le même tempo, dans le même rythme. Tout comme un toro se révèle en quelques quinze minutes, l'esprit de la nouvelle est de transmettre l'essence – l'essentiel - d'une vie en un quart d'heure. C'est le même temps du drame réinventé et, pour moi, en son centre, toujours, l'infinie question de la condition humaine.
Ce qui se passe sur le sable de l'arène est porteur de bien d'autres choses que le seul spectacle auquel on participe ou auquel on assiste, la loupe grossissante de l'état de la société et de l'humain. La corrida représente en condensé toutes les interrogations du monde et revêt une force et une universalité qui sont des terrains d'écriture et de transposition aussi fascinants que passionnants.
Une phrase...
c'est un souffle ou un soupir,
une respiration, une vie,
le temple d'une faena idéale.
Votre écriture respire, ondule, vos phrases sont élaborées et vos mots sont d'une justesse déconcertante ; Comment arrivez-vous à cette maîtrise ?
J'aime mes personnages, profondément, leurs histoires, leurs défauts, leurs faiblesses, leurs enthousiasmes, leurs illusions déçues, je les respecte. Je traque chaque mot dans ce qu'il a de justesse, d'évidence et d'irremplaçable pour dire ce que je ressens, pour transmettre au lecteur l'exactitude d'un état d'esprit, d'un sentiment, d'une odeur. Les phrases doivent avoir la même forme que le temps de l'action ou de la pensée, elles doivent sonner, résonner, rouler, couler. Une phrase c'est un souffle ou un soupir, une respiration, une vie, le temple d'une faena idéale. Quand j'écris, je recherche de ce duende magique qui transcende le texte et offre de l'émotion ; à la différence près que je peux corriger ou refaire alors que devant un toro brave, l'erreur est irréparable, définitive ; on ne se rejoue pas la mort d'un coup de gomme.
J.C. -
par Catherine Le Guellaut publié dans : l'auteur
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Où trouver ?

Les deux recueils de nouvelles
"Et la Lune nous regardait" (2007)
"Les Taureaux Rêvent aussi" (2006)
sont officiellement épuisés. .
Les derniers exemplaires sont disponibles
à la Boutique des Passionnes d'Arles
http://www.passion-toros.com
et dans les bonnes librairies .

Copla



"Et la lune nous regardait"
envoyé par Catherine Le Guellaut

Copla (poème)
illustrations d'Albert Martin
sur une musique de Mariano Martin.
 

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