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Lundi 1 octobre 2007

La lune nous regardait (coplas)


Le matin de sa noce

La mort s’est drapée

De nuit et d’étoiles

La lune s’est perdue


Le matin de sa mort

La noce s’est enveloppée

De nuit sans étoiles

La lune s’est pendue


Seules

Au bout de sa corde

Entre l’ombre et la lumière

Nos âmes se balancent

Dans le silence


Et
La lune nous regardait

La luna nos miraba (coplas)

La mañana de su boda

La muerte se emlozó

De noche y estrellas

La luna se perdio.


La mañana de su muerte

La boda se vistio

De noche sin estrellas

La luna se ahorcó.


Solas

Colgadas de su cuerda

Entre la sombra y la luz

Nuestras almas se balancean

En silencio

Y
La luna nos miraba.



par Catherine Le Guellaut publié dans : textes à lire
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Lundi 1 octobre 2007

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La Suerte del Destino






iolette, elle ne peut s’appeler autrement que cela, Violette, Violette.
Au parfum discret qui flotte légèrement sur son passage au milieu des vapeurs d’éther et de javel, je sais qu’elle est là, tout près, et perçois le glissement feutré de son corps fluet et gracile dans la blouse blanche impeccable qui effleure la peau veloutée, fine et brune.

    Comme tous les matins, Violette plane autour de moi, le geste sûr et silencieux de protocoles immuables, la longue litanie des perfusions que l’on change, des drains et canules qu’on remplace, des poches nourricières et médicamenteuses qu’on hisse aux potences, au rythme du respirateur qui termine son cycle par le claquement sec de son clapet aux résonances de cercueil avant de reprendre son râle long et laborieux d’asthmatique.
    La main est petite, chaude et douce ; deux doigts en pression sur mon poignet palpent mon pouls qui s’emballe, je crois, en sa présence. Bat-il réellement plus vit mon cœur branché sur électrodes ? Le bip strident à l’écho aquatique saute-t-il vraiment de joie d’un bord à l’autre de l’écran de contrôle émeraude quand sa peau dorée frôle la mienne ? Suis-je à ce point un rêve en suspension pendant qu’elle est si vivante, si réelle ?
    Malgré l’inertie de mes muscles anémiés et mes réflexes en vacance, il y a forcément quelque chose de tangible, de perceptible qui vibre sous ma peau fanée, écaillée, qui palpite dans mes chairs amorphes, froides et déliquescentes. Le fourmillement fiévreux sous mon crâne, il me semble qu’il n’a jamais été aussi intense, doit bien se manifester ailleurs que sous les picots atones des imprimantes ou dans les courbes monocordes qui s’affichent sans relief sur les immenses panneaux de plasma.
    Pose ta main sur mon front, ta joue sur ma poitrine, tes lèvres sur mon sexe, Violette ! Violette, ne pars pas ! Ne t’en vas pas ! Pas encore !
...

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par Catherine Le Guellaut publié dans : textes à lire
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Lundi 1 octobre 2007

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Comment dire à ma mère
que je suis mort ?





ans la pénombre de la chambre d'hôtel, seules quelques raies de lumière percent les volets clos, plus fins qu'un cheveu d'ange, plus fragiles qu'une vie, et accrochent par instant des étincelles brillantes aux broderies de mon habit de lumière préparé sur une chaise en face du lit.
    Les rumeurs de la fête suintent légèrement à travers l'épaisseur des tapis de soie orientale du couloir, lointains échos d'un monde fébrile, avide et impatient qui exhale, le long des boulevards autour des arènes, ses passions et ses pulsions, ses vices et sa beauté. Quatre jours et quatre nuits, exubérants élixirs de l’extrême, comme si demain ne devait jamais éclore ou  s’évaporer dans le banal néant de l’ordinaire et la fadeur d’un quotidien routinier. Comme si leur vie entière devait se cristalliser dans cet ultime intense frisson !
    Alors que c'est mon cœur et pas le leur qui va s'exposer au danger. Que c'est ma vie qui peut exploser à tout moment sous la corne, et mon âme qui risque de s'envoler aujourd’hui dans le couchant du soleil.

Comment dire à ma mère que je suis mort ?
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par Catherine Le Guellaut publié dans : textes à lire
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Lundi 1 octobre 2007

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Caramelo





es dernières bandes de fêtards s’égaillaient péniblement dans les rues étroites de la vieille ville emportant dans leur sillage le choc clair des bouteilles vides, le froissement métallique des canettes abandonnées et le grincement des gobelets plastiques qui éclatent et agonisent sous les pas. Amplifiés par les hauts murs de pierre, retentissaient de temps à autre les refrains idiots de fermeture de bars, aux paroles décousues et aux mélodies incertaines qui finissaient par échouer dans de longs rots, relents fermentés de bière bon marché ou dans des beuglements graves et avinés.
    Sous la lueur pisseuse des réverbères, les fins de nuits de Féria baissent sur la ville abasourdie et immobile un voile glauque, sale et désordonné de débâcle et de débauche. Toute vie éteinte au milieu des centaines de ruisseaux d’urine acide, jaune elle aussi, qui serpentent entre les ordures, la poussière et les poubelles éventrées dégoulinantes du jus ocre de paellas insipides où les derniers chiens hirsutes et boiteux reniflent bruyamment et fouillent en éternuant.

    Et le silence enfin, havre de calme et de sérénité, le silence juste du sommeil des hommes, et le mien trop vite interrompu.

    Cliquetis familier d’un énorme trousseau de clefs à la ceinture, frottement régulier du balai de paille et de genets sur les pavés gras, les bouteilles roulent et s’écrasent dans le caniveau, les verres crissent, les canettes ricochent aux marches de pierre lisse et patinée.
    L’aube est proche quand Pepe déboule en haut de la rue des arènes, poussant son charreton de balayeur qu’il stationne dans un tonnerre de ferraille bringueballante au beau milieu de la chaussée pour prendre la mesure, les deux bras appuyés sur le long manche du balai, du désastre qui s’étend à ses pieds, avant de se mettre à l’œuvre.
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par Catherine Le Guellaut publié dans : textes à lire
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Lundi 1 octobre 2007

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Dos Pequeñas Estrellas





eux doigts enfoncés dans la gorge, hoquetant, agitée de soubresauts galopant le long du dos, la tête au-dessus des toilettes, Gracia Marquèz martelait le sol avec rage et maugréait sous les néons jaunes de la salle de bain. Impossible d’évacuer ce malaise sournois qui lui creusait le ventre, liquéfiait son corps et sa volonté.

    Depuis qu’elle était montée dans la chambre pour se reposer avant la corrida, par trois fois, elle avait dû se lever prête à vomir, pour rien. Par trois fois, elle s’était allongée, forçant sa respiration sans parvenir à retrouver le calme et la sérénité. Au contraire, par la faille entre-ouverte dans son esprit s’engouffrait en désordre le cortège insidieux des idées à ruminer qui tournoyaient sous son crâne et tanguaient au plafond en une ronde infernale, sans début, sans fin.
    Au centre, trônait, tentaculaire, rampant et venimeux, le doute pervers qui lui tenaillait le cœur depuis qu’elle avait décidé de mettre fin à sa carrière dans les arènes pour épouser le beau, le célèbre, le riche et ténébreux Manuel.
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par Catherine Le Guellaut publié dans : textes à lire
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Texte libre

Les deux recueils de nouvelles
"Et la Lune nous regardait" (2007)
"Les Taureaux Rêvent aussi" (2006)
sont officiellement épuisés. .
Les derniers exemplaires sont disponibles
à la Boutique des Passionnes d'Arles
http://www.passion-toros.com
et dans les bonnes librairies .

Texte libre



"Et la lune nous regardait"
envoyé par Catherine Le Guellaut

Copla (poème)
illustrations d'Albert Martin
sur une musique de Mariano Martin.
 

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