Lundi 1 octobre 2007

undefined

Comment dire à ma mère
que je suis mort ?





ans la pénombre de la chambre d'hôtel, seules quelques raies de lumière percent les volets clos, plus fins qu'un cheveu d'ange, plus fragiles qu'une vie, et accrochent par instant des étincelles brillantes aux broderies de mon habit de lumière préparé sur une chaise en face du lit.
    Les rumeurs de la fête suintent légèrement à travers l'épaisseur des tapis de soie orientale du couloir, lointains échos d'un monde fébrile, avide et impatient qui exhale, le long des boulevards autour des arènes, ses passions et ses pulsions, ses vices et sa beauté. Quatre jours et quatre nuits, exubérants élixirs de l’extrême, comme si demain ne devait jamais éclore ou  s’évaporer dans le banal néant de l’ordinaire et la fadeur d’un quotidien routinier. Comme si leur vie entière devait se cristalliser dans cet ultime intense frisson !
    Alors que c'est mon cœur et pas le leur qui va s'exposer au danger. Que c'est ma vie qui peut exploser à tout moment sous la corne, et mon âme qui risque de s'envoler aujourd’hui dans le couchant du soleil.

Comment dire à ma mère que je suis mort ?
...

retour table des nouvelles

Par Catherine Le Guellaut - Publié dans : textes à lire
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 1 octobre 2007

undefined

Caramelo





es dernières bandes de fêtards s’égaillaient péniblement dans les rues étroites de la vieille ville emportant dans leur sillage le choc clair des bouteilles vides, le froissement métallique des canettes abandonnées et le grincement des gobelets plastiques qui éclatent et agonisent sous les pas. Amplifiés par les hauts murs de pierre, retentissaient de temps à autre les refrains idiots de fermeture de bars, aux paroles décousues et aux mélodies incertaines qui finissaient par échouer dans de longs rots, relents fermentés de bière bon marché ou dans des beuglements graves et avinés.
    Sous la lueur pisseuse des réverbères, les fins de nuits de Féria baissent sur la ville abasourdie et immobile un voile glauque, sale et désordonné de débâcle et de débauche. Toute vie éteinte au milieu des centaines de ruisseaux d’urine acide, jaune elle aussi, qui serpentent entre les ordures, la poussière et les poubelles éventrées dégoulinantes du jus ocre de paellas insipides où les derniers chiens hirsutes et boiteux reniflent bruyamment et fouillent en éternuant.

    Et le silence enfin, havre de calme et de sérénité, le silence juste du sommeil des hommes, et le mien trop vite interrompu.

    Cliquetis familier d’un énorme trousseau de clefs à la ceinture, frottement régulier du balai de paille et de genets sur les pavés gras, les bouteilles roulent et s’écrasent dans le caniveau, les verres crissent, les canettes ricochent aux marches de pierre lisse et patinée.
    L’aube est proche quand Pepe déboule en haut de la rue des arènes, poussant son charreton de balayeur qu’il stationne dans un tonnerre de ferraille bringueballante au beau milieu de la chaussée pour prendre la mesure, les deux bras appuyés sur le long manche du balai, du désastre qui s’étend à ses pieds, avant de se mettre à l’œuvre.
...

retour table des nouvelles
Par Catherine Le Guellaut - Publié dans : textes à lire
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 1 octobre 2007

undefined


Dos Pequeñas Estrellas





eux doigts enfoncés dans la gorge, hoquetant, agitée de soubresauts galopant le long du dos, la tête au-dessus des toilettes, Gracia Marquèz martelait le sol avec rage et maugréait sous les néons jaunes de la salle de bain. Impossible d’évacuer ce malaise sournois qui lui creusait le ventre, liquéfiait son corps et sa volonté.

    Depuis qu’elle était montée dans la chambre pour se reposer avant la corrida, par trois fois, elle avait dû se lever prête à vomir, pour rien. Par trois fois, elle s’était allongée, forçant sa respiration sans parvenir à retrouver le calme et la sérénité. Au contraire, par la faille entre-ouverte dans son esprit s’engouffrait en désordre le cortège insidieux des idées à ruminer qui tournoyaient sous son crâne et tanguaient au plafond en une ronde infernale, sans début, sans fin.
    Au centre, trônait, tentaculaire, rampant et venimeux, le doute pervers qui lui tenaillait le cœur depuis qu’elle avait décidé de mettre fin à sa carrière dans les arènes pour épouser le beau, le célèbre, le riche et ténébreux Manuel.
...

retour table des nouvelles

Par Catherine Le Guellaut - Publié dans : textes à lire
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 1 octobre 2007

undefined


Dos Pequeñas Estrellas





eux doigts enfoncés dans la gorge, hoquetant, agitée de soubresauts galopant le long du dos, la tête au-dessus des toilettes, Gracia Marquèz martelait le sol avec rage et maugréait sous les néons jaunes de la salle de bain. Impossible d’évacuer ce malaise sournois qui lui creusait le ventre, liquéfiait son corps et sa volonté.

    Depuis qu’elle était montée dans la chambre pour se reposer avant la corrida, par trois fois, elle avait dû se lever prête à vomir, pour rien. Par trois fois, elle s’était allongée, forçant sa respiration sans parvenir à retrouver le calme et la sérénité. Au contraire, par la faille entre-ouverte dans son esprit s’engouffrait en désordre le cortège insidieux des idées à ruminer qui tournoyaient sous son crâne et tanguaient au plafond en une ronde infernale, sans début, sans fin.
    Au centre, trônait, tentaculaire, rampant et venimeux, le doute pervers qui lui tenaillait le cœur depuis qu’elle avait décidé de mettre fin à sa carrière dans les arènes pour épouser le beau, le célèbre, le riche et ténébreux Manuel.
...

retour table des nouvelles

Par Catherine Le Guellaut - Publié dans : textes à lire
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 1 octobre 2007


Por mis dos pequeñas estrellas (coplas)

Au ventre rond de la lune,
Deux petites étoiles jumelles
forment une couronne bleue
Promesse d’amour offert.

Mis dos pequeñas estrellas
del tiempo viejo
cantame la luna ronda.

Aux seins gonflés de la terre
Deux petites étoiles jumelles
Chuchotent des lendemains
Brillants et sereins

Mis dos pequeñas estrellas
Del tiempo antiguo
Parlame de tierras fecundas.

Au velours noir de l’étang
Deux petites étoiles jumelles
Se bercent doucement
L’une à l’autre blotties.

Mis dos pequeñas estrellas
De los años pasadas
Hablame de agua y vida.

Mes deux petites étoiles,
Marion et Mathias
Déjà nommées,
Fruits d’une si longue patience,
éclairent mon sourire
D’une douce indulgence.

Mis dos pequeñas estrellas

Mes deux petites étoiles
Marion et Mathias
Juste nommées, déjà éteintes
Deux petites perles
de chair inerte
Qu’une main gantée
Arrache à mes entrailles putrides.

Mis dos pequeñas estrellas
Marion et Mathias
Deux perles effrayées, ratatinées.

Linceul plastique
Et poubelle clinique.

Mis dos pequeñas estrellas
Marion… Mathias
Mis dos pequeñas estrellas
Muertas


Arles et ailleurs – XI-1998 / 02-VIII-2005



Par Catherine Le Guellaut - Publié dans : textes à lire
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

bibliographie

250 réponses à vos questions sur la tauromachie
en co-écriture avec
Christophe Chay et Jacques Massip
(Gerfaut, 2009)

La Sombra del Sol
nouvelles taurines
à paraître en 2010
(Cairn)
Les Taureaux Rêvent aussi
(Cairn, 2006)
épuisé

Et la Lune nous regardait
(Cairn, 2007)

Q
uelques derniers exemplaires disponibles
à la Boutique des Passionnes d'
Arles

Texte libre



"Et la lune nous regardait"
envoyé par Catherine Le Guellaut

Copla (poème)
illustrations d'Albert Martin
sur une musique de Mariano Martin.
 

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés